Un herbier est une collection de spécimens végétaux séchés témoignant de l'existence d’une espèce à différents stades de son cycle vital, en divers endroits sur la planète et à des moments précis de l'histoire humaine. Compris de cette façon, chaque spécimen possède une valeur heuristique et patrimoniale intrinsèque et ne peut être remplacé. La volonté de constituer une collection de plantes remonte aux premiers balbutiements de la botanique. À cette époque lointaine, les végétaux étaient principalement destinés à un usage médicinal. Les botanistes d’alors ne rassemblaient que des plantes vivantes qu’ils cultivaient dans un jardin : c’était l’herbarium vivum ou l’herbier vivant.


    Avec l’avènement des sciences, l’intérêt pour les végétaux commence à dépasser leur stricte utilité médicinale. Le nombre de plantes connues augmente alors et leur provenance géographique se diversifie. Parallèlement, les difficultés de leur culture en jardin augmente. C’est alors qu’apparaît la pratique, pour les conserver longtemps, de dessécher les plantes en les aplatissant pour finalement les fixer à un support de papier. L’herbarium siccum ou l’herbier sec est né. Avec l’accumulation de spécimens ainsi préparés et les facilités de conservation de telles collections, cette pratique se généralise et des herbiers sont ainsi constitués dans toutes les métropoles où les sciences sont florissantes. Les plus vieux herbiers européens qui ont été épargnés par les guerres, les incendies, les insectes et autres fléaux sont conservés en Italie, à Florence et à Bologne, ainsi qu’aux Pays Bas, à Leiden. Ils datent du 16e siècle.


    L’herbarium siccum, malgré sa popularité, n’a toutefois pas complètement supplanté l’herbarium vivum. En effet, ce dernier a persisté jusqu’à nos jours sous la forme de jardins botaniques où la mission originelle qui était de guérir les maladies a largement fait place à celle du plaisir des yeux tout en jouant toutefois un rôle scientifique important. Aujourd’hui, la dénomination herbier ne s’applique plus qu’à l’herbarium siccum.


    Un spécimen d’herbier est avant tout un témoin concret de l’existence d’une espèce végétale à un endroit précis et à un moment donné. En regard des modifications profondes d’origine naturelle et anthropique qu’a subi et que subira encore la couverture végétale de notre planète, les herbiers constituent un patrimoine scientifique et culturel de toute première importance. C’est en effet dans les herbiers que se constitue une partie importante de la mémoire végétale des peuples. L’autre partie de cette mémoire est inscrite dans les travaux scientifiques publiés.


    Outre cet aspect patrimonial, les herbiers sont des outils d’enseignement et de recherche de toute première importance pour plusieurs disciplines allant de la botanique, à la taxonomie, la phylogénie, l’écologie et la biogéographie. Afin de jouer un rôle essentiel dans ces domaines, un herbier se doit de présenter trois caractéristiques fondamentales : rassembler le plus grand nombre d’espèces possible, comporter tous les stades de développement ontogénique de chaque espèce et comprendre un nombre élevé de spécimens de chaque espèce.


    L’herbier est d’abord un endroit de conservation de la diversité végétale d’une région donnée et ensuite un outil de référence pour l’identification des plantes par comparaison, quel que soit le stade de développement de la plante à identifier. C’est certainement l’usage le plus répandu des herbiers, car il est à la base de la connaissance des végétaux qu’acquièrent amateurs, étudiants, professeurs et professionnels des sciences végétales.